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Avant la rentrée : comment nous avons parlé du corps et du consentement à notre fille

Cette année, notre fille rentre en petite section.

Pour certains, ce n'est « que » l'école. Une nouvelle étape, un petit cartable, une première rentrée, des photos devant la porte et beaucoup d'émotions.

Pour nous, c'est aussi la première fois qu'elle va évoluer, chaque jour, dans un environnement où nous ne serons pas là. À de nouveaux adultes. À de nouvelles règles. À des moments de la journée que nous ne verrons pas.

L'année qui vient de s'écouler a été difficile pour la garde d'enfants à Paris. Depuis le début de 2026, la Ville de Paris a suspendu 132 animateurs, dont 52 pour suspicion de violences sexuelles ou sexistes, ce qui a conduit le maire à parler d'un problème systémique et à annoncer un plan d'action de 20 millions d'euros. Les centres de loisirs parisiens ont vu leurs inscriptions chuter de 13% cet été, environ 2 000 enfants de moins, les parents pesant le risque avant d'inscrire leurs enfants. Il faut aussi le dire clairement : la justice fait son travail au cas par cas. Un animateur d'une école maternelle parisienne accusé d'agressions sexuelles a été relaxé cette année, le tribunal ayant retenu un doute sérieux, et le parquet a fait appel. Une accusation et une condamnation ne sont pas la même chose, et les deux comptent.

Depuis, certains parents ont retiré leurs enfants du périscolaire. D'autres hésitent à les y inscrire. D'autres encore continuent parce qu'ils n'ont pas toujours d'autre solution, mais avec cette peur silencieuse qui s'installe : « Et si quelque chose arrivait à mon enfant sans que je le sache ? »

Cette peur, je la comprends. Parce qu'être parent, c'est aussi devoir accepter une réalité difficile : nous ne pouvons pas être partout. Nous ne pouvons pas accompagner nos enfants à chaque instant. Nous ne pouvons pas voir toutes les interactions, entendre toutes les conversations ou contrôler chaque personne qu'ils rencontreront.

Mais nous pouvons leur donner quelque chose. Des mots. Des repères. La possibilité de reconnaître ce qui les met mal à l'aise. Et surtout, la certitude qu'ils pourront toujours venir nous parler.

Alors, avec mon mari, nous avons commencé à réfléchir. Pas parce que nous voulons apprendre à notre fille à avoir peur de l'école. Pas parce que nous voulons lui faire croire que tous les adultes sont dangereux. Et certainement pas parce que nous voulons lui transmettre nos propres angoisses.

Nous voulons simplement la préparer. Lui apprendre que son corps lui appartient. Que ses limites comptent. Qu'elle a le droit de dire non. Qu'elle n'a pas à protéger les adultes. Et que, quoi qu'il arrive, elle pourra toujours venir vers nous.

Ce que nous avons mis en place ne vient pas d'une seule méthode. Nous avons lu, écouté, échangé, découvert des outils et recueilli différentes idées auprès d'autres parents. Nous avons gardé ce qui nous semblait juste pour notre famille.

Aujourd'hui, nous avons envie de partager cette démarche avec les parents de la communauté Travel Sitter. Pas pour donner des leçons. Pas pour dire que chaque famille doit faire la même chose. Simplement parce que certains parents cherchent peut-être, eux aussi, des mots pour aborder ces sujets avec leurs enfants.

« Ton corps est à toi »

C'est l'une des premières choses que nous avons expliquées à notre fille.

« Ton corps est à toi. » Cela signifie que les bisous et les câlins ne sont pas une obligation. Elle peut en faire lorsqu'elle en a envie. Elle peut refuser lorsqu'elle n'en a pas envie, à papa, à maman, à la famille, à des proches ou à toute autre personne. Et elle n'a pas à donner de l'affection pour faire plaisir.

Nous faisons également attention à une chose qui peut sembler toute petite, mais qui est importante : nous ne faisons pas semblant d'être tristes ou déçus lorsqu'elle refuse un bisou ou un câlin. Parce que si l'adulte montre sa peine, même pour plaisanter, l'enfant peut finir par faire le bisou non pas parce qu'il en a envie, mais pour rassurer l'adulte. Il apprend alors, parfois sans que personne ne le souhaite, qu'il doit mettre son propre ressenti de côté pour ne pas décevoir les autres. Nous ne voulons pas lui apprendre cela.

Quand elle ne veut pas, elle ne veut pas. Son « non » n'est pas une provocation. Son « non » n'est pas un manque de politesse. Son « non » mérite d'être respecté. Et nous lui apprenons aussi que le « non » des autres doit l'être. Le consentement, ce n'est pas seulement pouvoir dire non. C'est aussi apprendre à entendre le non de l'autre.

Elle peut dire non. Et elle peut changer d'avis.

Nous essayons d'intégrer cette idée dans les petites situations du quotidien. « Est-ce que tu veux un câlin ? » « Est-ce que tu veux que je t'aide ? » « Est-ce que tu veux me tenir la main ? »

L'objectif n'est pas de tout transformer en règle. Nous voulons simplement qu'elle comprenne que sa parole compte, qu'elle peut dire « je ne veux pas », « pas maintenant », « arrête », « je n'aime pas ça », « je veux être seule », et qu'elle sera entendue.

Nous lui apprenons aussi qu'elle peut changer d'avis. Même si elle avait dit oui au début. Même si elle avait accepté de jouer. Même si elle avait ri. Elle peut ensuite dire : « je ne veux plus ». Et elle pourra toujours venir nous raconter ce qui s'est passé.

Elle n'a pas à nous protéger

C'est un point qui nous semblait essentiel. Dans certains témoignages d'enfants victimes, les menaces occupent une place importante : on peut leur faire croire que quelque chose arrivera à leurs parents s'ils parlent, qu'ils feront du mal à leur frère ou à leur sœur, que raconter la vérité aura des conséquences terribles.

Alors nous avons expliqué à notre fille quelque chose de très clair : « Tu n'as jamais à nous protéger. C'est nous qui te protégeons. » Si quelqu'un lui disait « ne le raconte pas à papa et maman », ou « il leur arrivera quelque chose si tu parles », nous voulons qu'elle comprenne que cette personne essaie de lui faire peur, et que c'est justement une raison de venir nous en parler. Elle ne porte pas la responsabilité de notre sécurité. Elle est notre enfant. C'est à nous, adultes, de la protéger. Jamais l'inverse.

Les secrets qui font plaisir et les secrets qui font peur

Nous avons également commencé à lui expliquer qu'il existe différents types de secrets. Il y a les secrets joyeux : préparer un anniversaire, fabriquer un cadeau, organiser une surprise. Ce sont des secrets qui font plaisir et qui ont une fin.

Mais lorsqu'un secret rend triste, fait peur, donne mal au ventre ou met mal à l'aise, il ne doit pas rester enfermé. Nous voulons qu'elle sache qu'elle peut toujours en parler, même si quelqu'un lui a demandé de promettre. Une promesse ne doit jamais empêcher un enfant de demander de l'aide.

Les adultes de confiance

Nous avons aussi parlé avec elle des adultes de confiance. Bien sûr, il y a papa et maman. Mais nous voulons qu'elle sache qu'il existe d'autres personnes vers lesquelles elle peut se tourner si, un jour, elle n'arrive pas à nous parler. Certaines tatas. Certains tontons. Des personnes que nous connaissons, qui l'écoutent et qui cherchent à la protéger.

Mais nous lui expliquons aussi que tous les adultes ne sont pas automatiquement des adultes de confiance. Un adulte de confiance est quelqu'un qui écoute, qui respecte les limites, qui ne demande pas de garder des secrets inquiétants, et qui cherche à aider l'enfant lorsqu'il lui confie quelque chose.

Les parties intimes sont privées

Nous lui avons également appris quelles sont les parties intimes de son corps. Qu'elles sont privées, qu'elles ne sont pas faites pour être montrées ou touchées dans des jeux.

Mais nous avons aussi choisi de lui expliquer qu'il existe certaines situations liées à l'hygiène ou aux soins : un parent peut devoir aider un jeune enfant, un médecin peut avoir besoin d'examiner une partie du corps. Nous voulions éviter de lui donner une règle qui ne correspondrait pas toujours à la réalité. Le message que nous lui transmettons est plutôt celui-ci : « Ton corps est privé. Si quelqu'un doit t'aider ou te soigner, il doit y avoir une raison. On doit t'expliquer ce qui se passe. Ce n'est jamais un jeu et ce n'est jamais un secret. Et tu peux toujours venir nous en parler. »

« Tu peux nous parler, même si tu as peur »

Il y a une phrase que nous voulons qu'elle entende encore et encore : « Tu ne seras jamais punie parce que tu nous as raconté quelque chose. » Même si elle pense avoir fait une bêtise. Même si quelqu'un lui a demandé de ne rien dire. Même si elle a peur que nous soyons fâchés.

Certains enfants se taisent non seulement par peur de la personne qui leur a fait du mal, mais aussi par peur de la réaction de leurs parents. Nous voulons lui transmettre l'inverse : « Si quelque chose t'arrive, tu viens nous voir. Nous t'écouterons. Nous te croirons. Et nous chercherons comment te protéger. »

Nous ne voulons pas lui apprendre à avoir peur

Le monde n'est pas uniquement dangereux. L'école n'est pas un endroit dont il faut avoir peur. Le périscolaire n'est pas automatiquement un lieu dangereux. Il existe chaque jour des enseignants, des animateurs et des professionnels qui prennent soin des enfants avec sérieux, respect et bienveillance.

Mais l'année qui vient de s'écouler nous rappelle une chose : nous ne devons jamais demander aux enfants de se taire, de minimiser ce qu'ils ressentent ou de supporter une situation qui les met mal à l'aise. Nous devons leur apprendre qu'ils ont une voix, et être prêts à l'écouter.

Nous ne pourrons jamais contrôler chaque lieu, chaque adulte ou chaque moment de leur vie. Mais nous pouvons construire quelque chose de précieux à la maison : un espace où ils savent qu'ils peuvent parler, où leurs limites sont respectées, où ils ne portent jamais la responsabilité des actes d'un adulte.

Les ressources qui nous ont aidés à commencer la conversation

Ces conversations ne sont pas toujours faciles à avoir. Parfois, on ne sait pas par où commencer, ou on cherche les bons mots. Un livre, une chanson ou le témoignage d'un autre parent peut être le petit déclencheur qui permet d'ouvrir la discussion naturellement. Voici quelques ressources que nous avons trouvées particulièrement utiles.

Des livres en français

  • « Le petit livre pour dire NON ! » par Dominique de Saint Mars et Serge Bloch. Un livre accessible pour aider les enfants à comprendre qu'ils ont le droit d'exprimer leurs limites et de dire non.
  • « Mon corps m'appartient ! Respect, intimité, consentement, parlons-en ». Aide les enfants à comprendre la notion d'intimité, de respect du corps et de limites personnelles.
  • « Touche pas à mon corps, Tatie Jacotte ! » par Thierry Lenain et Stéphane Poulin. Un support pour parler du respect de son corps et de sa capacité à exprimer son désaccord.

Des livres en anglais

  • « My Body Belongs to Me » par Dagmar Geisler. Un livre simple qui aide les jeunes enfants à comprendre les limites corporelles et le droit de dire non.
  • « C is for Consent » par Eleanor Morrison. Introduit le consentement de manière adaptée aux enfants.
  • « No Means No! » par Jayneen Sanders. Très utilisé pour parler du consentement, des limites corporelles et de la confiance en soi.
  • « Some Secrets Should Never Be Kept » par Jayneen Sanders. Aborde la différence entre les bons secrets et les secrets qui mettent mal à l'aise.

Nous avons aussi découvert des créateurs de contenu qui partagent des ressources autour de l'éducation positive et du respect du corps, notamment des comptes Instagram francophones et une chanson pédagogique créée par une enseignante namibienne, qui nous ont donné des mots concrets à utiliser au quotidien.

Il n'existe pas une seule bonne manière d'aborder ces sujets. Chaque famille a son histoire, ses valeurs et son propre rythme. L'objectif n'est pas de faire peur aux enfants. L'objectif est de leur donner des mots. Parce qu'un enfant qui sait nommer ce qu'il ressent, qui sait qu'il a le droit de parler et qui sait qu'il sera écouté, possède déjà un outil précieux pour se protéger.

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